Présidentielle 2027 : que disent les sondages un an avant le scrutin ?
Le premier tour de l'élection présidentielle 2027 est prévu le 11 ou le 18 avril. À un an de l'échéance, les instituts de sondage publient leurs premières grandes enquêtes sur les intentions de vote. Les résultats placent le Rassemblement national en position dominante. Mais l'histoire électorale française invite à la prudence.
Jordan Bardella largement en tête
Dans tous les sondages réalisés depuis le début de l'année 2026, Jordan Bardella recueille entre 34 % et 38 % des intentions de vote au premier tour. C'est le score le plus élevé jamais enregistré par un candidat du Rassemblement national à ce stade d'une campagne.
À titre de comparaison, François Mitterrand obtenait 30 % des intentions de vote un an avant sa réélection de 1988. Nicolas Sarkozy était à environ 32 % un an avant sa victoire de 2007. Jordan Bardella dépasse ces deux records dans les enquêtes actuelles.
Derrière lui, Édouard Philippe, fondateur du parti Horizons et ancien Premier ministre, est crédité de 18 à 22 % selon les instituts. Un sondage Elabe publié fin mars 2026 pour La Tribune Dimanche et BFMTV prédit un duel serré entre les deux hommes au second tour, avec une légère avance pour Édouard Philippe.
Source : Elabe / La Tribune Dimanche, mars 2026
La grande enquête Ipsos du CEVIPOF
Mi-avril 2026, Ipsos BVA a rendu publique une étude de grande ampleur pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde. Elle a été conduite auprès de 10 962 électeurs inscrits sur les listes électorales entre le 2 et le 9 avril 2026. C'est l'une des enquêtes les plus solides publiées jusqu'ici sur la présidentielle 2027.
Son principal enseignement : les Français souhaitent que la prochaine élection se joue sur les enjeux de fond. La santé, le pouvoir d'achat et l'éducation arrivent en tête des priorités. Ces trois thèmes dominent largement les préoccupations des électeurs, devant les questions de sécurité ou d'immigration.
Pour les chercheurs du CEVIPOF, 2027 pourrait marquer un retour du vote sur les programmes, après des élections présidentielles marquées en 2022 par le contexte exceptionnel du Covid-19 et de la guerre en Ukraine.
Source : Ipsos BVA / CEVIPOF / Le Monde, avril 2026
Le RN est-il surestimé dans les sondages ?
La question mérite d'être posée. L'histoire récente du Rassemblement national montre un écart systématique entre les intentions de vote à un an du scrutin et les résultats obtenus le jour du vote.
En 2012, Marine Le Pen était testée à 23 % au printemps 2011. Elle a terminé troisième avec 17,8 %. En 2017, les sondages lui accordaient 26 à 32 % un an avant. Elle a obtenu 21,3 % au premier tour. En 2022, elle était créditée de 25 à 28 % en mars 2021. Résultat : 23,1 %.
Ce phénomène s'explique notamment par un vote dit "protestataire" qui se mobilise dans les sondages mais dont une partie ne se concrétise pas dans l'isoloir. Il y a aussi l'effet du vote utile et de la recomposition des blocs en fin de campagne.
Cela ne signifie pas que Bardella ne pourra pas atteindre ces niveaux. Mais les analystes recommandent d'appliquer un "déflateur" d'environ cinq à sept points aux chiffres du RN publiés à ce stade.
La situation inédite de Marine Le Pen
Un facteur complique l'interprétation des sondages actuels : Marine Le Pen est sous le coup d'une peine d'inéligibilité prononcée en première instance en mars 2025. Elle ne peut pas se présenter à la présidentielle tant que la cour d'appel de Paris n'a pas rendu son arrêt, attendu le 7 juillet 2026.
Ce contexte explique pourquoi les sondages testent Jordan Bardella comme candidat probable du RN. Si Marine Le Pen est définitivement inéligible, c'est lui qui mènerait la campagne. Si l'appel lui est favorable, les cartes seraient rebattues et certains analystes estiment qu'elle pourrait reprendre la main sur les intentions de vote.
Pour comprendre en détail les enjeux de cette procédure judiciaire, voir notre article sur l'inéligibilité de Marine Le Pen et le verdict du 7 juillet 2026.
Les autres candidats déclarés ou probables
En dehors du duel Bardella-Philippe, plusieurs candidatures prennent forme.
À gauche, une primaire unitaire est annoncée pour le 11 octobre 2026. Elle réunit le Parti socialiste, Les Écologistes et plusieurs mouvements proches du Nouveau Front Populaire. La France insoumise, Place Publique et le Parti communiste ne participent pas à cette procédure pour l'instant. Les noms de Lucie Castets, Olivier Faure et Marine Tondelier circulent.
À droite, Bruno Retailleau est cité comme possible candidat issu de la droite traditionnelle. Éric Ciotti, président de l'UDR et maire de Nice depuis 2026, soutient Marine Le Pen et ne se présente pas.
Ces candidatures restent à confirmer. La liste officielle des candidats ne sera arrêtée que dans les semaines précédant le premier tour.
Ce que valent vraiment les sondages à douze mois
La Croix rappelait le 15 avril 2026 qu'à un an d'une présidentielle, les sondages sont des indicateurs de tendance, pas des prédictions. En 2011, DSK était le favori absolu avant de se retirer. En 2016, Alain Juppé dominait les enquêtes d'opinion avant d'être éliminé à la primaire de la droite.
Les intentions de vote à douze mois reflètent l'état de l'opinion au moment de l'enquête. Elles ne tiennent pas compte des campagnes, des débats, des événements imprévus et des dynamiques de fin de scrutin.
Ce qui est établi à ce stade : le RN est en position de force, Philippe est le principal concurrent identifié, et la gauche cherche encore son unité. La présidentielle 2027 reste ouverte.
Source : La Croix, 15 avril 2026
Pour aller plus loin
L'élection présidentielle 2027 s'annonce comme un scrutin historique. Pour suivre l'évolution des sondages, les candidatures et les enjeux thématiques, consultez notre section dédiée à la présidentielle 2027 et notre tableau de bord des sondages. Retrouvez aussi notre analyse des candidats à la présidentielle 2027 et leurs programmes en cours de construction.
Pour aller plus loin
Sources & références
- Ipsos BVA CEVIPOF / Le Monde (avril 2026) | Elabe / La Tribune Dimanche (mars 2026) | La Croix (15 avril 2026) (lien à vérifier)