Présidentielle 2027 : les sondages d'avril placent Bardella à 38%, que vaut cette avance ?
Présidentielle 2027 : les sondages d'avril placent Bardella à 38%, que vaut cette avance ?
A un an du premier tour, les sondages se multiplient. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, domine les intentions de vote avec 34 à 38 % selon les instituts. Une avance spectaculaire, comparable selon certains aux scores de François Mitterrand avant 1988 ou Nicolas Sarkozy avant 2007. Mais l'histoire électorale française invite à beaucoup de prudence.
Les chiffres d'avril 2026 : Bardella entre 34% et 38%
Plusieurs sondages publiés dans la première quinzaine d'avril 2026 dressent un tableau cohérent.
L'enquête Ipsos BVA-CESI pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde, menée du 2 au 9 avril 2026 auprès de 10 962 électeurs, confirme la domination du Rassemblement national dans les intentions de vote au premier tour. Le baromètre Ipsos BVA-CESI pour La Tribune Dimanche (8-9 avril 2026, 1 000 personnes) place Bardella à 34 % de satisfaction potentielle en cas de victoire à la présidentielle.
Sur les intentions de vote au premier tour, Odoxa relevait le 8 avril un score de 35 % pour Jordan Bardella. CNEWS rapportait le 12 avril des fourchettes allant jusqu'à 38 % selon les instituts.
Ces chiffres dépassent les pics de popularité atteints par les futurs vainqueurs de 1988 et 2007, souligne CNEWS. Cela ne dit pas grand-chose sur l'issue du scrutin : le contexte, les alliances et l'électorat indécis feront basculer le résultat.
Edouard Philippe, seul candidat capable de battre le RN au second tour
Dans les configurations de second tour testées par les sondages, Edouard Philippe est le seul candidat à battre Jordan Bardella. Le résultat tourne autour de 52-48 en faveur de l'ancien Premier ministre.
Philippe sort renforcé d'une réélection comme maire du Havre fin mars 2026. Son score de satisfaction progresse de 6 points en un mois, à 26 % selon l'Ipsos BVA d'avril. Il devient le candidat du centre et de la droite modérée le mieux positionné pour accéder au second tour.
Les autres configurations de second tour sont moins favorables aux opposants du RN. Bardella battrait Raphaël Glucksmann sur un score de 58-42 et Jean-Luc Mélenchon à 71-29 selon le baromètre Odoxa d'avril.
A gauche, Ruffin, Glucksmann et Hollande à 16% chacun
La gauche reste fragmentée. Aucun leader ne parvient à s'imposer clairement.
François Ruffin, Raphaël Glucksmann et François Hollande recueillent chacun 16 % de Français qui se diraient satisfaits de leur victoire en 2027. Ils se tiennent dans un mouchoir de poche, ce qui ne suffit pas à construire une dynamique de premier tour.
La question de la candidature à gauche reste posée. Primaire ou désignation par les sondages, les discussions n'ont pas encore abouti à un processus clair. Le vote utile face au RN, qui a marqué 2022, sera de nouveau un enjeu central pour orienter l'électorat de gauche au premier tour.
Le pouvoir d'achat, préoccupation numéro un des Français
Les sondages d'opinion révèlent une hiérarchie stable des préoccupations. Le pouvoir d'achat est cité par 52 % des Français dans l'enquête Ipsos de début avril, en hausse de 6 points par rapport à mars 2026. La santé et l'éducation suivent.
Ce contexte profite aux candidats qui ont fait du quotidien et de l'économie réelle le centre de leur programme. Jordan Bardella a construit une partie de son offre autour de la baisse de la TVA sur l'énergie, du pouvoir d'achat des classes moyennes et d'un accès au logement facilité pour les primo-accédants.
La situation internationale joue également. Les conséquences de la guerre en Iran continuent d'inquiéter les Français, selon le baromètre Ipsos d'avril. Ces tensions nourrissent un vote de souveraineté qui profite au RN.
Les sondages ont-ils une valeur à un an du scrutin ?
La réponse courte est : ils indiquent une direction, pas un résultat.
En 2022, Mélenchon avait été largement sous-estimé
En avril 2021, un an avant le premier tour, Jean-Luc Mélenchon était crédité de 11 à 13,5 % dans les sondages. Il a finalement obtenu 21,95 % le 10 avril 2022, frôlant le second tour. L'écart est massif. Les sondeurs eux-mêmes reconnaissent que leur méthode des quotas capte mal les intentions à si longue échéance.
Le RN systématiquement surestimé depuis 2012
A l'inverse, le RN est régulièrement surestimé dans les sondages avant les scrutins présidentiels.
En 2021, Marine Le Pen était créditée de 25 à 28 % à un an du vote. Elle a obtenu 23,15 % en avril 2022. Même phénomène en 2017 et en 2012, à chaque tentative.
Moins de 70 % des personnes interrogées ont "exprimé une intention de vote" ou sont "tout à fait décidées à aller voter" dans les derniers sondages. L'électorat indécis est encore très large, et il déterminera le résultat final.
La variable judiciaire : tout dépend aussi du 7 juillet
Les sondages actuels sont construits autour d'une hypothèse centrale : Jordan Bardella comme candidat RN au premier tour.
Mais la décision de la cour d'appel de Paris, attendue le 7 juillet 2026, peut tout changer. Si Marine Le Pen redevient éligible, elle entre en campagne et redistribue les cartes au premier tour. Son profil électoral, son ancienneté et sa notoriété modifient les dynamiques de vote.
Si la condamnation est confirmée sans exécution provisoire, Bardella reste le candidat naturel mais dans un contexte juridique flou. Si l'inéligibilité est confirmée avec exécution provisoire, il n'y a plus d'ambiguïté : Bardella mène la campagne seul.
Les sondeurs s'adaptent lentement à ces scénarios multiples. La plupart testent désormais deux configurations distinctes, avec ou sans Marine Le Pen candidate.
Ce que ces chiffres permettent de dire
Les sondages d'avril 2026 confirment trois tendances structurelles.
Le Rassemblement national est en position de force pour atteindre le second tour dans quasiment tous les scénarios. Le centre-droit, incarné par Edouard Philippe, est le seul bloc capable de le battre. La gauche reste dispersée et sans candidat fédérateur.
Mais à un an du premier tour, les résultats sont encore une photographie à l'instant T. L'histoire électorale française montre que les favoris des sondages de printemps précédant l'élection ne sont pas toujours ceux qui l'emportent.
Retrouvez les programmes détaillés des candidats et les dernières données sur les profils et positions de chaque prétendant à l'Elysée.
Sources :
- Ipsos BVA-CESI pour CEVIPOF/Le Monde, 2-9 avril 2026 : https://www.ipsos.com/fr-fr/presidentielle-2027-le-retour-du-vote-sur-enjeux
- Baromètre Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche, 8-9 avril 2026 : https://www.ipsos.com/fr-fr/barometre-politique-ipsos-bva-la-tribune-dimanche
- CNEWS, 12 avril 2026 : https://www.cnews.fr/france/2026-04-12/presidentielle-2027-avec-jusqua-38-dintentions-de-vote-jordan-bardella-fait-mieux
- SudOuest, 12 avril 2026 : https://www.sudouest.fr/elections/presidentielle/sondage-presidentielle-2027-edouard-philippe-a-le-vent-dans-le-dos-depuis-sa-reelection-au-havre-28659922.php
- LCP, 6 avril 2026 : https://lcp.fr/actualites/presidentielle-que-disaient-les-sondages-a-un-an-du-premier-tour-lors-des-precedentes
- Presseagence.fr : https://presseagence.fr/paris-barometre-politique-bardella-et-le-pen-en-tete-pour-2027-sur-fond-dinquietude-pour-le-pouvoir-dachat/