Santé 2027 : les propositions pour sauver l'hôpital public
Santé 2027 : les propositions pour sauver l'hôpital public
La crise hospitalière est devenue un sujet structurel, pas conjoncturel. En janvier 2026, la Fédération hospitalière de France (FHF) a recensé 108 hôpitaux publics en tension et 28 plans blancs activés sur une seule semaine. Des patients meurent sur des brancards faute de prise en charge. Les urgences de Sens, Auxerre, Nantes, Condom ou Troyes débordent. Plus de 22 millions de passages aux urgences ont été enregistrés en 2025, un record. Ce que proposent les candidats à la présidentielle 2027 pour sortir de cette impasse.
Un système hospitalier au point de rupture
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La France a perdu environ 45 500 lits d'hospitalisation complète entre 2013 et 2024, soit une baisse de 11 %. Fin 2024, le pays comptait 367 000 lits, contre 412 500 onze ans plus tôt, selon la DREES. La tendance ne s'inverse pas : 2 000 lits supplémentaires ont été fermés en 2024.
Parallèlement, 6,4 millions de Français n'avaient pas de médecin traitant déclaré en 2025, selon l'Assurance Maladie. Si l'on élargit aux zones de sous-densité médicale, le chiffre dépasse les 9 millions de personnes affectées par des difficultés d'accès aux soins. Le département de l'Aube, par exemple, ne compte que 69,4 médecins pour 100 000 habitants, quand les Hautes-Alpes en comptent 139,3.
Le sindicato SNPI résume la situation : « Le problème n'est pas seulement moins de lits. C'est aussi une demande de soins plus lourde : vieillissement, maladies chroniques, précarités, santé mentale. » Les urgences deviennent la variable d'ajustement de tout ce qui manque ailleurs.
49 % des Français se sont déjà rendus aux urgences sans réelle urgence médicale, selon le baromètre Ipsos pour la FHF. Ce chiffre était de 42 % en 2019. Les moins de 35 ans sont les plus concernés, avec 57 % de recours inappropriés. Faute de médecin de ville, l'hôpital absorbe tout.
LFI : le 100 % Sécu et la reconstruction de l'hôpital
Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré pour 2027, place la santé au cœur de son programme. La France insoumise propose une mesure phare : instanérer le 100 % Sécu, c'est-à-dire le remboursement intégral des soins de santé prescrits, avec intégration des mutuelles complémentaires dans la Sécurité sociale.
LFI défend aussi la reconstruction du service public hospitalier : réouverture de lits, recrutement de 100 000 soignants, suppression de la tarification à l'acte au profit d'un retour à la dotation globale de fonctionnement. Le parti veut mettre fin à la « logique comptable » qui, selon lui, a conduit à fermer des maternités, des services d'urgence et des hôpitaux de proximité.
Pour lutter contre les déserts médicaux, LFI prône la création de centres de santé publics avec des médecins salariés. Le parti note que l'effectif des médecins salariés a augmenté de 18,8 % entre 2010 et 2025, signe que les jeunes praticiens préfèrent le salariat à l'exercice liberal. Autre mesure : la gratuité totale des parkings des hôpitaux publics, adoptée en commission à l'Assemblée, que LFI veut étendre sans condition.
RN : suppression des ARS et lutte contre la bureaucratie
Marine Le Pen, si elle est candidate en 2027, défend un programme santé axé sur la réduction de la bureaucratie hospitalière. La mesure phare : la suppression des Agences régionales de santé (ARS), jugées responsables d'une gestion trop centralisée et déconnectée du terrain.
Le RN propose aussi une réduction de 10 % des postes administratifs dans les hôpitaux, avec redéploiement des fonds vers les soignants. La modulation des rémunérations des médecins selon leur lieu d'exercice vise à inciter les praticiens à s'installer dans les zones sous-denses.
Marine Le Pen demande l'arrêt des fermetures de lits et de maternités, la revalorisation des salaires des soignants et le rapatriement de la production de médicaments pour garantir l'indépendance sanitaire. Elle souhaite aussi la création d'urgences gériatriques dédiées aux personnes âgées, qui représentent une part croissante des passages aux urgences.
Le RN centre par ailleurs sa politique de santé sur la priorité nationale, réservant certaines aides aux personnes de nationalité française et aux étrangers en situation régulière travaillant en France depuis plusieurs années. Le parti souhaite supprimer l'Aide médicale d'État (AME).
Glucksmann/PS : le parcours de soins coordonné
Raphaël Glucksmann et le Parti socialist portent une approche différente. Leur programme met l'accent sur la coordination ville-hôpital, le renforcement des maisons de santé pluridisciplinaires et l'harmonisation par le haut des droits sociaux à l'échelle européenne.
Le PS propose que les collectivités locales puissent recruter directement des médecins salariés dans les centres de santé, sans attendre la médecine libérale. La formation, levier clé, doit selon eux être élargie avec plus de places en факультé de médecine et une meilleure répartition territoriale des stages.
Sur les dépassements d'honoraires, le camp socialista défend un encadrement strict et la généralisation du secteur 1 (sans dépassement) dans les zones sous-denses, avec des incitations financières pour les médecins qui s'y engagent.
Philippe/Horizons : IA et prévention
Édouard Philippe, candidat Horizons, mise sur l'innovation technologique. Lors de la réunion du conseil national d'Horizons à Reims en mai 2026, il a dévoiler un programme santé articulé autour de trois axes : investissement massif dans la formation des médecins, déploiement de l'intelligence artificielle en santé et renforcement de la prévention.
Philippe propose d'assouplir les conditions pour les médecins étrangers afin de pallier la pénurie. Il veut aussi légiférer par ordonnances sur la santé, après consultation par référendum, pour accélérer les réformes structurelles.
Le parti Horizons, dont le président de la FHF Arnaud Robinet est membre, connaît bien les contraintes hospitalières. Mais ses propositions concrètes restent à détailler : le programme complet est attendu pour l'été 2026.
Tableau comparatif
| Thème | LFI (Mélenchon) | RN (Le Pen) | PS/PP (Glucksmann) | Horizons (Philippe) |
|---|---|---|---|---|
| Financement | 100 % Sécu, fin mutuelles | Économies admin., priorité nationale | Renforcement Sécu, encadrement dépassements | Ordonnances, IA, prévention |
| Déserts médicaux | Centres de santé publics, médecins salariés | Modulation rémunérations, bourses zones sous-denses | Recrutement direct collectivités | Médecins étrangers, IA diagnostic |
| Hôpital | Réouverture lits, dotation globale | Arrêt fermetures, suppression ARS | Coordination ville-hôpital | Modernisation, ordonnances |
| Tarification | Fin tarification à l'acte | Allègement administratif | Encadrement dépassements | Non précisé |
FAQ
Combien de Français vivent dans un désert médical ?
Environ 6,4 millions de Français n'avaient pas de médecin traitant déclaré en 2025 selon l'Assurance Maladie. En élargissant aux zones de sous-densité médicale, le chiffre dépasse 9 millions de personnes confrontées à des difficultés réelles d'accès aux soins.
Pourquoi les urgences sont-elles saturées ?
La saturation résulte de la fermeture continue de lits hospitaliers (45 500 entre 2013 et 2024), du manque de médecins de ville qui pousse 49 % des Français aux urgences sans nécessité médicale, et du vieillissement de la population qui alourdit la demande de soins.
Quel candidat propose la gratuité des soins ?
Jean-Luc Mélenchon (LFI) propose le 100 % Sécu, c'est-à-dire le remboursement intégral de tous les soins prescrits avec intégration des mutuelles dans la Sécurité sociale. Aucun autre candidat ne va aussi loin sur ce point.
Que propose le RN pour l'hôpital ?
Le Rassemblement national propose la suppression des ARS, la réduction de 10 % des postes administratifs hospitaliers, l'arrêt des fermetures de lits et de maternités, et la création d'urgences gériatriques dédiées.
Comment lutter contre les déserts médicaux selon les candidats ?
LFI mise sur les centres de santé publics avec médecins salariés. Le RN propose de moduler les rémunérations selon le lieu d'exercice. Le PS veut que les collectivités recrutent directement. Horizons parie sur l'IA et l'assouplissement des conditions pour les médecins étrangers.
Sources : FHF (janvier 2026), DREES (2024), SNPI (janvier 2026), Assurance Maladie (2025), Ipsos/FHF (baromètre accès soins), Le Parisien (novembre 2025), Le Quotidien du Médecin (janvier 2026), L'Insoumission (janvier 2026), BFMTV (mai 2026)