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Histoire du Rassemblement national : du Front national à la première force de France

partis-politiques· 4 mai 2026 · Par L'équipe ÉlyséeScope ·6 min de lecture

Histoire du Rassemblement national : du Front national à la première force de France

Le Rassemblement national est aujourd'hui le premier parti de France dans les sondages, avec 33 à 35% d'intentions de vote à la présidentielle 2027. Pourtant, il y a cinquante ans, il naissait comme un groupuscule confidentiel, incapable de franchir 2% aux législatives. Retour sur l'histoire d'un parti qui a mis un demi-siècle à s'imposer au coeur de la politique française.

1972 : la fondation dans un Paris discret

Le Front national pour l'unité française voit le jour le 5 octobre 1972, lors d'une réunion privée tenue devant une soixantaine de personnes à la salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris. L'initiative revient au mouvement Ordre nouveau, un groupuscule néofasciste qui souhaitait créer une façade plus présentable pour peser sur les élections législatives de 1973.

Ordre nouveau mise sur une personnalité moins marquée idéologiquement pour diriger le parti. Son choix se porte sur Jean-Marie Le Pen, 44 ans, ancien combattant de la guerre d'Algérie, ancien député poujadiste puis indépendant. Le Pen accepte. Il sera le visage public du Front national. Ordre nouveau garde le contrôle de l'appareil.

Ce partage de pouvoir ne dure pas. En 1973, une dissidence provoque la scission de "Faire front" : Ordre nouveau quitte le FN. Jean-Marie Le Pen se retrouve à la tête d'une organisation endettée, amputée d'une partie de sa base militante. Le Front national ne compte plus que quelques centaines d'adhérents.

1973-1983 : dix ans de marginalité

Aux législatives de 1973, le FN recueille seulement 1,32% des voix nationales. Le parti végète tout au long des années 1970, concurrencé par d'autres groupuscules nationalistes comme le Parti des forces nouvelles.

Jean-Marie Le Pen s'impose progressivement comme seul maître à bord. Le parti se structure autour de sa personnalité, de son charisme de tribun et de sa capacité à occuper le terrain médiatique malgré le peu de moyens dont il dispose.

1984 : la première percée nationale

Tout bascule lors des élections européennes de juin 1984. Le FN obtient 11% des suffrages exprimés, soit dix sièges au Parlement européen. Le résultat surprend tous les observateurs. Pour le politologue Pascal Perrineau, ces élections marquent la "véritable entrée en politique" du Front national.

Le contexte est favorable : la gauche au pouvoir depuis 1981 déçoit une partie de son électorat, le chômage progresse, le débat sur l'immigration monte en puissance. Jean-Marie Le Pen a su capitaliser sur ces frustrations. La thématique de l'insécurité et du "trop-plein d'immigrés" commence à trouver un écho populaire.

1986 : 35 députés grâce à la proportionnelle

En 1986, le gouvernement Fabius adopte la proportionnelle pour les législatives. C'est un cadeau involontaire pour le Front national. Le parti fait élire 35 députés à l'Assemblée nationale, dont Jean-Pierre Stirbois, Bruno Mégret, Bruno Gollnisch et Jean-Marie Le Pen lui-même. L'extrême droite entre au Palais-Bourbon pour la première fois depuis la Libération.

Le retour au scrutin majoritaire aux législatives de 1988 réduit le FN à une seule élue. Mais l'implantation locale progresse. Le parti s'installe durablement dans le paysage politique, aux élections régionales et municipales.

1991-1999 : propos antisémites, scissions et Dreux

Les années 1990 sont marquées par deux phénomènes contradictoires : la progression électorale et les crises internes.

En 1987, Jean-Marie Le Pen avait qualifié les chambres à gaz nazies de "point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale". Ces propos déclenchent un tollé général. Il est condamné en 1991 par la cour d'appel de Versailles pour "banalisation de crimes contre l'humanité". Ces prises de position valent au parti une image durablement sulfureuse.

Sur le plan électoral, le FN continue pourtant de progresser. Aux législatives de 1997, il est présent au second tour dans 124 circonscriptions, un record historique. Il obtient 15% des voix au premier tour.

En 1998-1999, une grave crise interne éclate. Bruno Mégret, numéro deux du parti, entre en conflit avec Jean-Marie Le Pen sur la stratégie et le contrôle de l'appareil. Il quitte le FN et fonde le Mouvement national républicain (MNR), emportant avec lui une large partie des cadres. Le FN perd plus de la moitié de ses militants. C'est la crise la plus grave de son histoire.

2002 : le choc du 21 avril

Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de l'élection présidentielle avec 16,86% des suffrages. Il devance Lionel Jospin (16,18%) pour la deuxième place. La France est sous le choc. Des millions de personnes descendent dans la rue pour manifester contre l'extrême droite.

Au second tour, Jacques Chirac est élu avec 82% des voix. Mais le séisme est profond. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, l'extrême droite atteint le second tour d'une présidentielle. Le Front national sort de la marginalité dans laquelle ses adversaires espéraient le confiner.

2011 : Marine Le Pen prend la tête

En janvier 2011, Marine Le Pen remplace son père à la présidence du Front national. Elle l'emporte face à Bruno Gollnisch lors du congrès de Tours. C'est le début d'une stratégie de "dédiabolisation" qui va remodeler le parti en profondeur.

Marine Le Pen abandonne progressivement les positions les plus urticantes. Elle condamne les propos antisémites de son père. Elle abandonne l'opposition à l'euro (au moins formellement). Elle exclut Jean-Marie Le Pen du parti en 2015, après ses déclarations réitérées sur les chambres à gaz.

Le discours se recentre sur la souveraineté nationale, le protectionnisme économique, l'immigration et la sécurité. La ligne économique évolue aussi : exit le libéralisme reaganien de Jean-Marie Le Pen, place au souverainisme étatique et à la défense du modèle social. Ces évolutions permettent de capter des électeurs de gauche désillusionnés dans les territoires désindustrialisés.

2017-2018 : second tour et changement de nom

En 2017, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle avec 21,3% des voix au premier tour. Elle affronte Emmanuel Macron et obtient 33,9% au second tour. Le score est historiquement élevé pour un candidat d'extrême droite en France, même si la victoire reste hors de portée.

En juin 2018, le parti change de nom. Le "Front national" devient le "Rassemblement national". Ce changement vise à symboliser la rupture avec l'image d'un parti d'opposition radicale et à élargir le recrutement. Le mot "Front" est jugé trop belliqueux. Le mot "Rassemblement" est plus ouvert, plus inclusif. La flamme tricolore reste, mais légèrement redessinée.

2022 : 41,5% au second tour et 89 députés

La présidentielle de 2022 marque un nouveau sommet. Marine Le Pen obtient 23,15% au premier tour, derrière Emmanuel Macron (27,85%). Au second tour, elle recueille 41,5% des suffrages. Elle a progressé de plus de 7 points par rapport à 2017.

Aux législatives qui suivent, le groupe RN à l'Assemblée nationale passe de 6 à 89 députés, devenant le premier groupe d'opposition. Jordan Bardella, 27 ans, est élu président du parti en novembre 2022. Il incarne la nouvelle génération : né en 1995 à Drancy, il a rejoint le parti à 16 ans et conduit la liste du RN aux européennes de 2019.

2026 : premier parti de France, cap sur 2027

Aux élections européennes de juin 2024, le RN recueille plus de 31% des voix. Aux législatives de l'été 2024, il obtient 33,15% au premier tour, son meilleur score historique. Le dispositif de coalition anti-RN au second tour lui a cependant limité ses sièges.

Fin 2025 et début 2026, les élections municipales dans les grandes villes confirment l'implantation locale du parti. Éric Ciotti, allié du RN, remporte la mairie de Nice en mars 2026.

Dans les sondages pour la présidentielle 2027, Jordan Bardella est crédité de 34 à 35% des intentions de vote au premier tour, selon le sondage Toluna Harris Interactive du 4 mai 2026 pour RTL et M6. C'est le niveau le plus élevé jamais mesuré à un an d'une présidentielle. Pour le suivi complet de l'évolution des intentions de vote, consultez notre page sondages présidentielle 2027 et notre profil de l'ensemble des candidats à la présidentielle 2027.


Sources : Wikipédia Rassemblement national, TV5 Monde, INA, France Culture, Franceinfo, Le Point (juin 2024), Monsieur Vintage, Le Temps, Cairn.info / Revue Pouvoirs (2016), Larousse encyclopédie, Musée de l'histoire de l'immigration, Courrier International, TF1 Info, Comprendre-la-politique.politicall.com.

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