Qui peut battre le RN en 2027 : le bloc central, la gauche et les scénarios du second tour
Qui peut battre le RN en 2027 : le bloc central, la gauche et les scénarios du second tour
À un an du premier tour prévu entre le 11 et le 18 avril 2027, le paysage politique français est marqué par une domination sans précédent du Rassemblement national dans les sondages. Jordan Bardella est crédité de 34 à 35% des intentions de vote. Aucun autre candidat n'atteint 30% dans quelque configuration que ce soit. La question n'est plus "qui sera au premier tour" mais "qui peut battre le RN au second" ?
Ce dossier fait le point sur les blocs en présence, les candidatures, les sondages de second tour et les enseignements historiques que l'on peut en tirer.
Le RN, un bloc consolidé à plus de 30%
Le Rassemblement national entre dans cette campagne en position dominante. Depuis 2022, le parti s'est installé comme la première force d'opposition en France. Aux élections européennes de juin 2024, il a recueilli plus de 31% des voix. Aux législatives du même été, ses listes ont obtenu 33,15% au premier tour, le meilleur score de son histoire sous quelque nom que ce soit.
Les sondages présidentiels confirment cette dynamique. Selon l'enquête Toluna Harris Interactive pour RTL et M6 publiée le 4 mai 2026, Jordan Bardella est crédité de 34 à 35% des intentions de vote, Marine Le Pen de 32 à 33%. Dans les quatre configurations testées, le RN arrive en tête sans exception.
Ce socle tient depuis au moins un an. Aucun événement politique majeur ne l'a fait bouger de plus de 2 à 3 points. Les spécialistes parlent d'un "vote de conviction" stable, peu perméable aux dynamiques de campagne de courte durée.
La situation judiciaire de Marine Le Pen constitue la principale inconnue. Condamnée en mars 2025 à cinq ans d'inéligibilité dans l'affaire des assistants parlementaires, elle attend un arrêt de la cour d'appel fixé au 7 juillet 2026. Si la condamnation est confirmée, Bardella devient le candidat officiel. Si elle est annulée ou allégée, Marine Le Pen pourrait elle-même se présenter. Les deux scénarios donnent au RN des scores comparables dans les sondages actuels, avec un léger avantage pour Bardella. Pour le suivi complet de cette procédure, consultez notre article sur l'appel de Marine Le Pen du 7 juillet 2026.
Le bloc central : Philippe face à ses rivaux
Le "bloc central" désigne l'ensemble des partis et figures issus de la majorité présidentielle d'Emmanuel Macron : Renaissance, Horizons, MoDem, et leurs proches. C'est dans ce camp que se joue la question de la candidature unique.
Édouard Philippe : le favori du camp
Édouard Philippe s'est imposé comme le candidat le mieux placé de ce bloc. Depuis sa réélection à la mairie du Havre en mars 2026, sa cote de popularité a bondi de 5 à 8 points selon les instituts. Il est aujourd'hui crédité de 20 à 26% des intentions de vote au premier tour selon les configurations, et de 47% de Français qui pensent qu'il "ferait un bon candidat pour son camp", selon Odoxa.
Au second tour, les sondages lui sont favorables. L'enquête Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche de mars 2026 lui donnait 51,5% contre Bardella et 53% contre Le Pen. C'est le seul candidat testé par cet institut susceptible de battre le représentant du RN dans les deux scénarios.
Son programme reste embryonnaire. Il se positionne sur une immigration "choisie et contrôlée", une réforme des retraites avec 15% de capitalisation, une réduction des dépenses publiques et une simplification normative pour les entreprises. Il refuse toute primaire et se dit "loyal mais libre" vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Pour l'analyse détaillée de son programme, consultez notre article Édouard Philippe : programme et ambitions pour 2027.
Gabriel Attal : le concurrent direct
Gabriel Attal, ancien Premier ministre et président de Renaissance, dispute à Philippe la représentation du bloc central. Dans les sondages, il est crédité de 18 à 22% selon les scénarios, soit 4 à 5 points derrière Philippe.
Les deux hommes se disputent le même électorat. Quand ils sont testés ensemble, leurs scores se cannibalisent mutuellement. Un sondage Elabe de janvier 2026 les donnait à 40% et 42% respectivement chez les électeurs du bloc central pour désigner leur représentant. L'enjeu de l'automne 2026 sera de savoir si l'un des deux s'impose ou si une candidature unique se dégage.
Le refus de la primaire
Le bloc central est profondément divisé sur la méthode. Philippe s'oppose fermement à toute primaire. Pour lui, l'élection présidentielle doit être une confrontation directe entre un candidat et les Français, "sans bidouillage" entre partis.
D'autres figures du camp, comme Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin ou Élisabeth Borne, n'excluent pas une candidature. Xavier Bertrand (LR) et David Lisnard ont aussi affiché leurs ambitions. La multiplication des candidatures dans cet espace pourrait fragmenter le vote du bloc central au premier tour.
Certains responsables proposent de départager les candidats par les sondages eux-mêmes, évitant ainsi l'organisation d'une primaire formelle. Cette idée est critiquée par plusieurs politologues, dont Mathieu Gallard (Ipsos), qui s'interroge : "Si Philippe et Attal sont au coude-à-coude dans les sondages, il se passe quoi ? Le sondage comme méthode de départage est extrêmement risqué."
La droite républicaine : Retailleau à 9-13%
Bruno Retailleau a été désigné candidat officiel des Républicains le 19 avril 2026, avec 73,8% des voix des adhérents. Il sécurise ainsi la candidature de droite classique, distinct du bloc central.
Dans les sondages, il obtient entre 9 et 13% selon les configurations. Son meilleur score (13%) apparaît dans les scénarios où Marine Le Pen représente le RN et où Gabriel Attal représente le bloc central. Ces combinaisons libèrent davantage de votes LR traditionnels en sa faveur.
Retailleau construit son programme autour de trois axes : la natalité (revenu familial, congé naissance), la sécurité et l'immigration ferme, et l'économie libérale. Il a publié un premier livret programmatique fin avril 2026. Son défi est de se différencier à la fois du RN (qui capte une large part de l'électorat de droite) et du bloc central (qui attire les modérés).
La gauche : entre divisions et espoir de qualification
La gauche française entre dans cette présidentielle profondément fragmentée. Le Nouveau Front populaire, alliance conclue pour les législatives de 2024, se fragmente progressivement. Les désaccords entre le PS et LFI sur la stratégie parlementaire, les conditions d'une union durable et la préparation de 2027 s'approfondissent.
Jean-Luc Mélenchon : 11-12%, un socle solide mais limité
Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature lors d'une interview à TF1. Il est crédité de 11 à 12% des intentions de vote dans les sondages actuels. Son socle électoral est solide et peu volatil. La machine LFI est rodée pour une présidentielle : 100 000 militants, 400 000 soutiens enregistrés, une armée numérique de premier rang.
Son défi est l'élargissement. La question du vote utile jouera un rôle clé. Si le bloc central désigne un candidat unique capable de battre le RN, une partie des électeurs de gauche modérée pourrait basculer vers ce candidat dès le premier tour.
Raphaël Glucksmann : 11-12%, une alternative sociale-démocrate
Raphaël Glucksmann, fondateur de Place Publique et eurodéputé social-démocrate, obtient des scores comparables à Mélenchon (11 à 12%). Une primaire de la gauche était discutée pour le 11 octobre 2026. Mais Mélenchon comme Glucksmann ont tous deux refusé d'y participer, rendant incertaine toute candidature commune.
Une gauche divisée avec deux candidats à 11-12% se retrouve dans la même situation qu'en 2002. Si les voix se dispersent, aucun candidat de gauche ne se qualifie pour le second tour.
Les scénarios du second tour
Les sondages ont testé six configurations de second tour principales. Les enseignements sont clairs.
Philippe contre Bardella ou Le Pen : avantage Philippe
Dans le duel Édouard Philippe contre Jordan Bardella, Philippe l'emporte à 51,5% contre 48,5% selon Elabe. Dans le duel Philippe contre Le Pen, il l'emporte à 53% contre 47%. Ces victoires reposent sur des reports de voix solides : trois électeurs sur quatre de Glucksmann, deux sur trois de Tondelier, un sur deux de Mélenchon voteraient Philippe selon Elabe.
Tous les autres perdent face au RN
Dans les cinq autres configurations testées par Elabe, le RN l'emporte. Gabriel Attal perd face à Le Pen (49% contre 51%). Bruno Retailleau perd face à Bardella (42% contre 58%). Jean-Luc Mélenchon perd lourdement face à Bardella (28,5% contre 71,5%), avec un taux d'abstention d'un tiers. Raphaël Glucksmann perd aussi face à Bardella (41,5% contre 58,5%).
Ces résultats expliquent pourquoi Philippe est présenté par certains comme "le seul rempart" face au RN. Ils expliquent aussi la pression qui pèse sur les candidats du bloc central et de la gauche : se diviser, c'est offrir la victoire au RN.
Ce que disent les sondages à un an du scrutin
Les précédents historiques invitent à la prudence sur la valeur prédictive des intentions de vote à ce stade.
En 1994, Édouard Balladur dominait les sondages à 33% d'intentions de vote au premier tour, soit une configuration comparable à celle de Philippe aujourd'hui. Il a terminé à 18,58% et n'a pas passé le premier tour. Jacques Chirac, donné à 14%, a remporté l'élection.
En 2002, Lionel Jospin et Jacques Chirac étaient au coude-à-coude dans les sondages. Jean-Marie Le Pen s'est qualifié au second tour avec 16,86%, à la surprise générale. En 2022, les sondages ont systématiquement sous-estimé Mélenchon, qui a manqué le second tour de quelques centaines de milliers de voix.
La Commission des sondages rappelle que les enquêtes d'opinion à un an du scrutin ont une valeur indicative, pas prédictive. "Une intention de vote à un an et demi d'une échéance présidentielle n'a aucune valeur prédictive", résume le président d'Odoxa Gaël Sliman.
Les prochains mois seront décisifs. La décision judiciaire sur l'appel de Le Pen le 7 juillet 2026 reconfigurera les scénarios. La désignation ou non d'un candidat unique du bloc central à l'automne changera les calculs. Le début des campagnes officielles, au printemps 2027, redistribuera les cartes une dernière fois. Pour suivre l'ensemble des candidats et leurs positions, consultez notre page candidats à la présidentielle 2027 et notre suivi des sondages présidentielle 2027.
Sources : Toluna Harris Interactive pour RTL-M6 (4 mai 2026), Elabe pour BFMTV (mars 2026), Odoxa-Mascaret pour Public Sénat (mars-avril 2026), Ipsos-BVA pour Cevipof/Le Monde (avril 2026), Ifop-Fiducial pour Sud-Radio/Le Figaro (avril 2026), Le Parisien (mars 2026), Slate (mai 2026), Wikipedia présidentielle 2027, Commission des sondages, LCP (avril 2026), 20 Minutes (avril-mai 2026).