Comparatif des programmes des candidats à la présidentielle 2027
Comparatif des programmes des candidats à la présidentielle 2027
La présidentielle 2027 s'annonce comme l'une des plus ouvertes depuis 2002. Aucun sortant, une droite fragmentée, une gauche recomposée et une extrême droite au zénith : le paysage politique français n'a jamais été aussi incertain. Ce dossier compile et compare les grandes propositions des principaux candidats sur les thèmes qui structureront la campagne.
Les candidats en lice
Six à huit candidats devraient dépasser les 5 % au premier tour selon les dernières projections. Les principales forces en présence sont : le Rassemblement national avec Jordan Bardella, La France insoumise avec Jean-Luc Mélenchon ou un successeur, le camp macroniste recomposé, Les Républicains, le Parti socialiste et les écologistes sous bannière commune.
La droite classique doit clarifier sa stratégie : alliance avec le RN, fusion avec le centre, ou candidature autonome ? Ce choix structurera une grande partie de la campagne.
La gauche, réunie sous la NUPES en 2022, affronte une recomposition douloureuse. LFI, le PS et les Verts divergent sur l'Europe, la laïcité et la méthode. Une candidature unique reste l'enjeu central de leur stratégie.
Économie et pouvoir d'achat
Le pouvoir d'achat reste le premier sujet de préoccupation des Français. L'inflation a laissé des traces : entre 2021 et 2025, les prix alimentaires ont augmenté de 22 % en moyenne. Les ménages modestes ont perdu jusqu'à 8 % de pouvoir d'achat réel.
Le RN propose une baisse de la TVA sur l'énergie à 5,5 %, la défiscalisation des heures supplémentaires et un bouclier tarifaire pérenne sur les carburants. Le coût estimé : entre 15 et 20 milliards d'euros par an.
La gauche prône une augmentation du SMIC à 1 600 euros net, le blocage des prix sur les produits de première nécessité et une taxation des superprofits à 50 %. LFI va plus loin avec une retraite à 60 ans financée par une hausse des cotisations.
Le centre maintient le cap sur la compétitivité : poursuite des baisses de charges, investissement dans la réindustrialisation et réforme de l'assurance chômage pour inciter au retour à l'emploi. Le PS défend une ligne sociale-démocrate : revalorisation des salaires dans la fonction publique, investissement massif dans les services publics.
Les Républicains misent sur la réduction de la dépense publique : suppression de 150 000 postes de fonctionnaires, baisse de l'impôt sur les sociétés à 20 % et réforme de l'ISF pour cibler les patrimoines non productifs.
Retraites : le retour du débat
La réforme des retraites de 2023, portant l'âge légal à 64 ans, reste contestée. 68 % des Français souhaitent son abrogation selon un sondage IFOP de janvier 2026.
LFI et le PS s'engagent à revenir à 62 ans, voire 60 ans pour LFI. Le financement passe par des cotisations supplémentaires sur les hauts salaires et les revenus du capital.
Le RN propose un retour à 60 ans pour les carrières longues et le maintien à 64 ans pour les autres, avec un système de décote revu. Une position qui tente de ménager les actifs sans creuser les déficits.
Le centre assume les 64 ans et plaide pour un système à points permettant plus de flexibilité. Les LR sont les seuls à envisager un passage à 65 ans à terme, couplé à une augmentation de la durée de cotisation.
Immigration : divergences profondes
L'immigration est le thème sur lequel les écarts programmatiques sont les plus marqués. En 2025, 340 000 titres de séjour ont été accordés, un record depuis 2010.
Le RN défend la préférence nationale dans l'accès aux aides sociales et au logement social, le durcissement des conditions de regroupement familial, la suppression du droit du sol et une réduction drastique de l'immigration légale à 10 000 personnes par an. Ces positions se heurtent au droit européen et à plusieurs décisions du Conseil constitutionnel.
Les LR adoptent une ligne dure sans aller jusqu'à la préférence nationale : renforcement des expulsions, limitation du regroupement familial, fin de l'AME. Ils refusent le droit du sol automatique mais maintiennent une voie légale d'immigration de travail.
Le centre défend une gestion européenne de l'immigration, des accords bilatéraux avec les pays d'origine et un renforcement de l'intégration. La gauche est divisée : le PS défend une régularisation des sans-papiers travaillant en France, LFI une politique d'accueil élargie, tandis que les Verts prônent des voies légales supplémentaires.
Climat et transition énergétique
La France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais les trajectoires pour y parvenir divergent radicalement entre candidats.
Les écologistes et LFI défendent un plan de transition accélérée : sortie du nucléaire d'ici 2035, investissement de 25 milliards par an dans les renouvelables, interdiction des nouvelles voitures thermiques dès 2030 et rénovation thermique obligatoire de 700 000 logements par an.
Le camp macroniste et les LR parient sur le nucléaire comme pilier de la décarbonation : construction de 6 nouveaux EPR2 d'ici 2045, développement de l'hydrogène et maintien d'un parc de réacteurs existants. Cette vision bénéficie d'un consensus croissant dans l'opinion, y compris à gauche depuis la crise énergétique de 2022.
Le RN a opéré un virage pro-nucléaire depuis 2022. Jordan Bardella défend le maintien et l'extension du parc, mais s'oppose aux éoliennes offshore et aux normes européennes sur les pesticides. Une position que ses adversaires qualifient de « climatoscepticisme déguisé ».
Institutions et démocratie
Après les Gilets jaunes, la réforme des retraites contestée et une abstention record aux législatives 2024, la question institutionnelle revient au centre du débat.
LFI propose une VIe République avec un régime semi-parlementaire, une proportionnelle intégrale et un référendum d'initiative citoyenne (RIC) à faible seuil de déclenchement.
Le PS soutient l'introduction d'une dose de proportionnelle (30 %) sans révolution institutionnelle. Le centre est divisé entre partisans d'un statu quo réformé et ceux qui veulent renforcer les pouvoirs du Parlement.
Le RN, historiquement favorable au régime présidentiel fort, a assoupli sa position. Jordan Bardella envisage une réforme qui renforcerait le contrôle parlementaire des traités européens et faciliterait les référendums.
Les LR défendent les institutions de la Ve République tout en proposant de limiter le recours au 49.3 et de renforcer les droits des parlementaires en commission.
Europe : de l'intégration au souverainisme
La question européenne est transversale à tous les programmes. Elle structure les alliances possibles au second tour et les coalitions gouvernementales envisageables.
Le spectre va du fédéralisme européen défendu par certains courants du centre — plus d'intégration fiscale, défense commune, marché unique renforcé — au souverainisme assumé du RN : renégociation des traités, primauté du droit national sur le droit européen, contrôle national des frontières.
LFI propose un « plan A/plan B » : renégociation des traités sous pression, avec retrait unilatéral comme option si l'échec se confirme. Le PS et les Verts défendent une Europe sociale et climatique plus intégrée, avec une réforme de la gouvernance budgétaire.
Les LR oscillent entre gaullisme européen — coopération intergouvernementale, subsidiarité renforcée — et tentation souverainiste. Leur position finale dépendra en grande partie du résultat du premier tour et des alliances rendues nécessaires.
Sécurité et justice
Les Français classent la sécurité parmi leurs trois premières préoccupations. Les chiffres de la délinquance urbaine et des violences intrafamiliales nourrissent le débat.
Le RN promet 10 000 policiers supplémentaires, le rétablissement des peines planchers, la construction de 40 000 places de prison et la tolérance zéro sur les incivilités. Sur la justice des mineurs, il propose un abaissement de la majorité pénale à 16 ans.
Les LR partagent l'essentiel du diagnostic mais divergent sur les méthodes : ils préfèrent une approche judiciaire renforcée à la tolérance zéro administrative. Ils soutiennent les peines planchers et la réforme du parquet.
Le centre défend une police de proximité reconstituée, un plan massif de recrutement dans la magistrature et une réforme des alternatives à l'incarcération pour désengorger les prisons. La gauche insiste sur les causes sociales de la délinquance et les moyens alloués à la prévention.
Santé : le système sous tension
Les déserts médicaux concernent désormais 11 millions de Français. Le numerus clausus supprimé en 2020 mettra encore dix ans à produire ses effets. Le délai moyen d'obtention d'un rendez-vous chez un spécialiste dépasse 80 jours dans plusieurs régions.
Tous les candidats s'accordent sur le diagnostic mais divergent sur les remèdes. Le centre mise sur la télémédecine, les maisons de santé pluri-professionnelles et les délégations de tâches aux infirmières. Le RN veut conditionner l'installation des médecins à des zones sous-dotées.
La gauche propose la création d'un service public de santé unifié, la fin du secteur 2 et la revalorisation massive des personnels hospitaliers. Les LR défendent la liberté d'installation mais veulent inciter financièrement à s'installer dans les déserts médicaux.
Qui vote pour qui ?
Les lignes de fracture électorales en France se sont profondément recomposées depuis 2017. Le vote de classe a cédé la place à un vote générationnel, géographique et culturel.
Le RN domine dans les villes moyennes, les zones péri-urbaines et rurales, chez les ouvriers et employés, les moins de 50 ans sans diplôme supérieur. LFI est fort dans les grandes métropoles, les quartiers populaires, chez les étudiants et les diplômés jeunes. Le centre tient les cadres, les retraités aisés et les habitants des grandes villes.
La présidentielle 2027 se jouera sur la capacité de chaque camp à mobiliser son socle tout en séduisant les abstentionnistes. Avec 48 % d'abstention au premier tour des législatives 2024, le réservoir de voix non captées est historiquement élevé.
Le scénario de second tour
Les projections actuelles donnent le RN en tête du premier tour avec 28-32 %, suivi du bloc de gauche à 25-28 % et du centre à 20-23 %. Un second tour RN vs. gauche unie est le scénario le plus probable — mais pas le seul.
Un second tour RN vs. centre reste possible si la gauche ne parvient pas à se rassembler. Dans ce cas, le front républicain traditionnel serait moins efficace qu'en 2022, plusieurs segments de la gauche refusant de voter macroniste.
Un scénario inédit — second tour entre RN et un candidat LR ou PS fort — ne peut être exclu si les sondages bougent significativement d'ici le premier trimestre 2027.
Les thèmes absents du débat
Certaines questions structurelles peinent à s'imposer dans la campagne malgré leur importance : la dette publique à 113 % du PIB, la réforme de la protection sociale face au vieillissement, le financement de la dépendance, la politique familiale et la natalité en chute libre.
Ces sujets exigent des arbitrages douloureux que les candidats évitent soigneusement en période de campagne. Ils constitueront pourtant les principales contraintes budgétaires du prochain quinquennat, quel que soit le vainqueur.
Conclusion
La présidentielle 2027 mettra face à face des projets de société profondément différents. Le choix des Français tranchera entre deux visions de la France : ouverte ou fermée sur l'Europe, libérale ou interventionniste sur l'économie, ferme ou préventive sur la sécurité. Les marges de manœuvre budgétaires étroites imposeront des compromis à tout gouvernement, quelle que soit sa couleur. C'est probablement sur la crédibilité économique de chaque programme que se jouera une partie décisive de la campagne.