La France est le deuxième pays le plus taxé d'Europe avec 45,3 % du PIB prélevé en impôts et cotisations, juste derrière le Danemark (45,8 %). Un salarié français moyen travaille jusqu'au 18 juillet avant de commencer à gagner de l'argent pour lui-même. Dans ce contexte, le déficit public atteint 5,1 % du PIB en 2025 et la dette dépasse 115 % du PIB. Les candidats à la présidentielle 2027 s'affrontent sur une question simple : faut-il baisser les impôts ou les augmenter ? Voici ce que chacun propose.

Le diagnostic fiscal français : records européens et déficit chronique

Les prélèvements obligatoires français atteignent 45,3 % du PIB en 2024 selon Eurostat, contre 40,4 % en moyenne dans l'Union européenne. Cet écart de 5 points place la France dans une situation singulière. L'Institut économique Molinari calcule que le coût total d'un salarié moyen pour son employeur est de 62 282 euros par an, mais que ce salarié ne perçoit que 28 400 euros net après toutes les déductions. Les cotisations sociales seules (29 158 euros) dépassent le salaire net.

La France compte 474 niches fiscales pour un coût total de 91,83 milliards d'euros en 2026 selon la Cour des comptes, soit 25,76 % des recettes fiscales nettes. Les cinq niches les plus coûteuses : le crédit d'impôt recherche (7 milliards), les emplois à domicile (6,8 milliards), le déficit foncier (4,7 milliards), l'exonération des heures supplémentaires (2,25 milliards) et les dons aux associations (2,2 milliards). Le gouvernement a proposé de supprimer 23 niches dans le PLF 2026 pour économiser environ 5 milliards.

Le déficit public reste la contrainte majeure. Il est passé de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % en 2025, mais reste le double du seuil européen de 3 %. La dette publique atteint 115,6 % du PIB, faisant de la France le troisième pays le plus endetté de la zone euro après la Grèce et l'Italie. Les charges d'intérêts dépasseront 70 milliards d'euros en 2026. Le Haut Conseil des Finances Publiques alerte : « Le déficit reste à un niveau beaucoup trop élevé pour permettre la stabilisation de la dette publique. »

Les impôts clés au cœur du débat

L'impôt sur le revenu (IR) comporte cinq tranches : 0 % jusqu'à 11 600 euros, 11 % jusqu'à 29 579 euros, 30 % jusqu'à 84 577 euros, 41 % jusqu'à 181 917 euros, et 45 % au-delà. La CSG (contribution sociale généralisée), à 9,2 % sur les revenus d'activité et 10,6 % sur les revenus du capital depuis janvier 2026, rapporte 157 milliards par an et représente 20 % des recettes de la Sécurité sociale. La TVA, à 20 % en taux normal, constitue la première recette de l'État avec 38 % des recettes fiscales.

La flat tax (PFU) de 30 % sur les revenus du capital, instaurée par Emmanuel Macron en 2018, est passée à 31,4 % en janvier 2026 suite à l'augmentation de la CSG sur les revenus du capital. L'ISF (impôt de solidarité sur la fortune), remplacé en 2018 par l'IFI limité à l'immobilier, rapportait 4,2 milliards avec 358 000 assujettis. L'IFI ne rapporte que 2,2 milliards avec 186 000 assujettis. La différence de 3,8 milliards est au cœur du débat fiscal 2027.

La France Insoumise : la révolution fiscale

Le programme fiscal de Jean-Luc Mélenchon est le plus radical de la campagne. Le Nouveau Front Populaire propose de rétablir l'ISF avec une composante climatique : l'« ISF climatique » taxerait différemment les investissements productifs et les actifs « improductifs » (placements financiers, biens de luxe). La flat tax serait abolie : les revenus du capital seraient à nouveau soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu.

Une contribution différentielle sur les hauts revenus garantirait un taux effectif minimum de 20 % pour tout revenu supérieur à 250 000 euros (célibataire) ou 500 000 euros (couple). L'impôt sur les sociétés reviendrait à 33,3 %, le taux en vigueur avant les baisses de Macron. Au total, le programme prévoit 150 milliards d'euros de dépenses publiques supplémentaires d'ici fin 2027, financés par la hausse des impôts sur le patrimoine et les entreprises. L'Institut Montaigne estime le déficit résultant à 7,4 % du PIB à horizon 2030.

Les Écologistes : la fiscalité verte

Le programme fiscal de Marine Tondelier s'articule autour de la transition écologique. La mesure centrale est la contribution climat-énergie (CCE) : une taxe carbone fixée à 56 euros la tonne de CO2, avec une trajectoire de hausse régulière. Les Écologistes soutiennent l'ETS2 européen (marché carbone couvrant le transport routier et les bâtiments) prévu pour 2027, adossé au Fonds social pour le climat (86,7 milliards d'euros européens entre 2026 et 2032) pour compenser l'impact sur les ménages vulnérables.

La fiscalité du diesel serait progressivement alignée sur celle de l'essence. Un ISF climatique, similaire à celui proposé par LFI, modulant la taxation selon l'impact environnemental des actifs, serait instauré. Surtout, les Écologistes réclament la suppression de 10 milliards d'euros annuels de niches fiscales soutenant des activités polluantes : exonération de TVA sur le kérosène, TVA réduite sur les pesticides, avantages fiscaux pour les véhicules thermiques. La taxation des dividendes intégrerait des critères d'impact climatique : les entreprises des secteurs verts bénéficieraient de taux réduits.

Les Républicains : moins d'impôts, moins d'État

Bruno Retailleau, candidat désigné par LR en avril 2026 avec 73,8 % des voix, porte un programme de baisse des prélèvements obligatoires. Sa position est claire : « Dans un pays aussi lourdement taxé que la France, augmenter les impôts ne peut pas être la solution. » LR défend le maintien de la flat tax et du taux actuel d'impôt sur les sociétés à 25 %, avec une possible baisse supplémentaire pour les PME et les entreprises exportatrices.

Le programme mise sur la simplification administrative massive et la dérégulation. Retailleau a évoquer l'élimination du principe de précaution inscrit dans la Constitution depuis 2005. Pour le logement, il propose de construire un million de logements en cinq ans en offrant aux communes une ristourne de TVA de 9 000 euros par logement neuf construit. Le financement passe par la réduction des dépenses publiques plutôt que par la hausse des recettes. Retailleau a qualifié le budget 2026 de « folie fiscale » et refusé de le voter malgré la participation de LR à la coalition gouvernementale.

Le Rassemblement National : la TVA à 5,5 % sur l'énergie

La mesure phare du RN est la baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % sur tous les produits énergétiques : carburants, fioul, gaz naturel, électricité. Coût estimé : entre 10 et 17 milliards d'euros par an selon les sources (Bercy chiffre la mesure à 16,8 milliards, l'Institut Montaigne à 10-11 milliards, la Fondation IFRAP à 17 milliards). Le RN propose également d'étendre le taux de 5,5 % à 100 produits de consommation essentiels (alimentation, hygiène, fournitures scolaires) pour un surcoût de 7 milliards.

Le financement reposerait sur la lutte contre la fraude fiscale (30 à 40 milliards revendiqués) et la réduction de la contribution française au budget européen (2 milliards). Ces « économies fantômes » sont qualifiées d'irréalistes par les économistes et la Cour des comptes. L'IFI serait remplacé par un impôt sur la fortune financière avec exemption totale de la résidence principale. La part fiscale complète serait accordée dès le deuxième enfant. Obstacle majeur : le droit européen de la TVA impose un taux plancher d'environ 15 %, rendant le taux de 5,5 % sur l'énergie juridiquement problématique sans renégociation de la directive TVA européenne.

La Fondation Jean-Jaurès souligne par ailleurs le caractère régressif de la mesure : une baisse de TVA bénéficie proportionnellement davantage aux ménages aisés qui consomment plus d'énergie en valeur absolue. L'économiste Alain Trannoy (EHESS) alerte : le programme fiscal du RN « vise à perpétuer l'inégalité des chances ».

Renaissance : consolider sans réformer

Le camp présidentiel aborde 2027 dans une posture de consolidation. La priorité affichée est de ramener le déficit sous 3 % du PIB d'ici 2029. Cette contrainte exclut toute baisse d'impôts significative. La flat tax est défendue comme un outil de compétitivité économique. Le retour à un ISF complet est catégoriquement rejeté. Le budget 2026, adopté via l'article 49.3, a intégré une hausse de 1,4 point de la CSG sur les revenus du capital (2,8 milliards de recettes supplémentaires) et la contribution différentielle sur les hauts revenus garantissant un taux minimum de 20 %.

Le programme de suppression de 23 niches fiscales jugées obsolètes ou inefficaces vise 5 milliards d'économies. Les dispositifs Pinel (investissement locatif) et CITE (crédit d'impôt transition énergétique) ont déjà été supprimés dans le budget 2025. La stratégie macroniste consiste à maintenir le cadre fiscal existant tout en opérant des ajustements marginaux pour réduire le déficit. Aucune réforme structurelle de la fiscalité n'est envisagée.

Le Parti Socialiste : la justice fiscale sans le grand soir

Le PS défend une position intermédiaire entre le radicalisme fiscal de LFI et le conservatisme de la majorité. Le parti soutient le rétablissement d'une forme d'ISF sans en faire une priorité absolue. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), adoptée temporairement dans le budget 2025, serait pérennisée. Le PS s'oppose fermement aux baisses de TVA du RN, jugées régressives et coûteuses.

Raphaël Glucksmann, qui polarise 11 à 14 % des intentions de vote, porte un projet social-démocrate centré sur la réindustrialisation verte et l'investissement dans les services publics. Ses propositions fiscales détaillées restent moins développées que celles de LFI. Olivier Faure a négocié avec le gouvernement sur le budget 2026, obtenant des concessions sociales (maintien des abattements pour les retraités, prime d'activité, repas à 1 euro, 400 millions pour le logement social) en échange du non-dépôt d'une motion de censure. Cette stratégie transactionnelle donne au PS une influence disproportionnée par rapport à son poids electoral.

Comparatif fiscal : qui promet quoi ?

MesureLFIEELVPSRenaissanceLRRN
ISF / Impôt sur la fortuneRétablir (ISF climatique)ISF climatique moduléRétablir (variante)Maintenir IFIIFI modifiéFortune financière
Flat tax (PFU)AbolirModuler (climat)Maintenir + CDHRDéfendreDéfendreDéfendre
TVAStatu quoStatu quo + carboneStatu quoStatu quoStatu quo5,5 % énergie
Impôt sociétés33,3 %Hausse cibléeMaintien25 %25 % ou moins25 %
Dépenses+150 Md€Transition verteCibléesConsolidationBaisseSécurité/Défense