La France consacre 197 milliards d'euros par an à l'éducation, soit 6,8 % de son PIB. Pourtant, les résultats PISA 2022 la classent 23e sur 81 pays, avec une chute historique de 21 points en mathématiques entre 2018 et 2022. Un enseignant sur deux présente des signes d'épuisement professionnel. Le « choc des savoirs » de Gabriel Attal a été officiellement abandonné en mars 2026, moins de deux ans après sa création. À un an de la présidentielle, les candidats ont-ils réellement un projet pour l'école française ?
Un système éducatif en difficulté : le diagnostic
Le dernier classement PISA, publié en décembre 2023, a confirmé le décrochage français. En mathématiques, les élèves français obtiennent 474 points, sous la moyenne OCDE de 480. En lecture, 474 points contre 482 en moyenne. En sciences, 487 contre 491. La France se distingue surtout par le poids considérable de l'origine sociale sur les résultats scolaires : 21 % de la variation des performances s'explique par le milieu socioéconomique, l'un des taux les plus élevés de l'OCDE. Un élève très favorisé obtient en moyenne 535 points, contre 422 pour un élève défavorisé, soit un écart de 113 points.
Le malaise enseignant constitue l'autre face de la crise. Selon le baromètre 2024 de l'Observatoire Écolhuma, 50,1 % des enseignants présentent des signes d'épuisement émotionnel fort, en hausse de 7 points par rapport à 2022. Les salaires expliquent en partie cette désaffection : les professeurs des écoles français gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur travaillant à temps plein, contre 17 % en moyenne dans l'OCDE. Il faut en France 35 ans pour atteindre le sommet de la grille salariale, contre 25 ans en moyenne ailleurs. Seuls 6 % des enseignants français se sentent respectés dans leur profession, contre 17,7 % en moyenne européenne.
Le décrochage scolaire, en revanche, affiche une tendance encourageante. Le taux de sorties précoces du système éducatif chez les 18-24 ans est passé de 11,3 % en 2010 à 7,6 % en 2023, déjà sous l'objectif européen de 9 % pour 2030. Mais derrière cette moyenne, les inégalités persistent : 33 % des lycée professionnels présentent un risque élevé de décrochage, contre 21 % des lycée en général. 60 % des décrocheurs viennent des filières professionnelles.
La France Insoumise : l'école gratuite et émancipatrice
Le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2027 place l'école au cœur d'un projet de transformation sociale. La mesure phare est la gratuité intégrale : cantine, transport scolaire, manuels et fournitures, de la maternelle à l'université. LFI propose de limiter les classes à 19 élèves maximum, 15 en lycée professionnel et 10 en ULIS (unités localisées pour l'inclusion scolaire). Le mouvement prévoit 8 000 nouvelles classes en lycée professionnel et des places gratuites en internat.
Pour l'enseignement supérieur, LFI promet d'augmenter les budgets des universités, d'interdire le profit dans l'enseignement supérieur privé et d'abroger les lois LRU et Fioraso sur l'autonomie des universités. Parcoursup serait démantelé et le droit de poursuivre en Master restauré. L'objectif affiché : « éradiquer l'illettrisme d'ici 2027 ». Le programme est financé selon LFI par un ISF climatique (12 milliards d'euros), une contribution sur les superprofits (15 milliards) et la lutte contre l'évasion fiscale (80 milliards par an selon la Cour des comptes européenne).
Les Écologistes : la transition écologique dans les salles de classe
Le programme éducatif des Écologistes (EELV) s'articule autour de la transition écologique comme fil conducteur pédagogique. La mesure phare est le plan ÉduRénov : la rénovation thermique de 10 000 écoles d'ici 2027, financée à hauteur de 2 milliards d'euros via la Banque des Territoires. L'ensemble du personnel de l'Éducation nationale serait formé aux enjeux de la transition écologique d'ici la fin du quinquennat.
Les Écologistes proposent de renforcer le programme des éco-délégués avec 18 000 aires éducatives et 300 aires fluviales d'ici 2030. La technologie et l'éducation morale et civique (EMC) intégreraient la transition écologique dès 2024. La découverte des métiers verts serait généralisée au collège. Le Service civique verrait ses missions environnementales multipliées par dix d'ici 2030. Le label E3D (établissements en démarche de développement durable) serait étendu à l'ensemble des établissements scolaires.
Les Républicains : autonomie et autorité
Bruno Retailleau et Les Républicains portent un projet fondé sur l'autonomie des établissements et le retour aux fondamentaux. Les chefs d'établissement deviendraient de « véritables managers » avec la capacité de recruter leurs équipes. L'enseignement de l'histoire de France serait renforcé : plus chronologique, plus incarné, et « pas prisonnier de l'idéologie de la repentance ». L'objectif affiché est de « donner à aimer la France ».
LR propose la suppression de l'ELCO (enseignement de la langue et culture d'origine), remplacé par des cours de civilisation française. Un service à la Nation de quatre mois serait obligatoire pour les jeunes de 16 ans, avec des missions dans l'armée, la justice, les collectivités locales ou les associations. Les salaires des enseignants seraient revalorisés dans les zones prioritaires. Des chefs d'entreprise participeraient à la gouvernance des lycées. Le mérite individuel serait valorisé aux côtés de l'ancienneté dans les parcours de carrière.
Le Rassemblement National : le « big bang de l'autorité »
Jordan Bardella a promis un « big bang de l'autorité » dans l'école française. Le programme du RN prévoit l'uniforme obligatoire en primaire et au collège, actuellement en expérimentation dans 90 établissements. Les téléphones portables seraient interdits dans tous les établissements, y compris les lycées, avec des « zones de sobriété numérique ». Le vouvoiement des enseignants par les élèves deviendrait obligatoire.
Le collège unique serait supprimé au profit d'un « collège modulaire ». Un examen national après le CM2 conditionnerait l'entrée en 6e. Les réseaux d'éducation prioritaire (REP) seraient supprimés, seuls les REP+ étant maintenus. Les élèves perturbateurs, après deux exclusions, seraient envoyés dans des centres spécialisés jusqu'à 16 ans, sans possibilité de retour en établissement classique. Le bac Blanquer serait aboli pour restaurer les séries modernisées (S, ES, L). L'orientation vers l'apprentissage débuterait dès la 4e. Dans chaque salle de classe, une carte de France et une frise chronologique « de Clovis à nos jours » seraient affichées.
Renaissance et le bilan du « choc des savoirs »
Le camp présidentiel aborde 2027 avec un bilan éducatif contrasté. Le « choc des savoirs » lancé par Gabriel Attal en décembre 2023, mesure phare de son passage au ministère, a été officiellement abandonné par décret le 12 mars 2026. Les groupes de niveau, rendus obligatoires en 6e et 5e à la rentrée 2024, n'ont été appliqués que dans un collège sur cinq selon une enquête de novembre 2025. Le brevet obligatoire pour entrer en seconde a été abandonné par Élisabeth Borne en janvier 2025. Les classes prépa-seconde n'ont jamais été lancées.
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, a résumé : « Ces chiffres signent l'échec des groupes de niveau, l'échec du choc des savoirs mais aussi quelque part l'échec de la stratégie de Gabriel Attal. » Le ministre actuel, Édouard Geffray, a pivoté vers une approche moins prescriptive, laissant davantage d'autonomie aux établissements sans cadre national structurant.
Le Parti Socialiste : reprendre le contrôle de l'école privée
Le projet socialista pour 2027 cible directement l'enseignement privé sous contrat. Le PS propose de « reprendre le contrôle » des écoles privées avec un objectif à long terme d'intégration dans le service public. Les salaires des enseignants seraient significativement revalorisés, avec un objectif de salaire d'entrée à 2 300 euros par mois pour les professeurs des écoles. Un « capital éducation » garantirait à chaque citoyen des années de formation mobilisables tout au long de la vie professionnelle.
Les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) obtiendraient un statut permanent. L'éducation civique serait renforcée autour des valeurs républicaines. Le CNESCO (conseil national d'évaluation du système scolaire) serait restauré avec des chercheurs universitaires indépendants, comme l'avait initialement prévu la loi de refondation de Vincent Peillon en 2013. Les ressources seraient prioritairement fléchées vers la maternelle et le primaire.
La mixité sociale : le défi que personne ne relève
La ségrégation sociale dans l'école française est parmi les plus élevées de l'OCDE. En Île-de-France, 50 % des élèves favorisés fréquentent des établissements où les élèves défavorisés représentent moins de 12 %. L'enseignement privé sous contrat scolarise 17 % des élèves mais concentre 40 % des familles CSP+. Moins de 10 % des élèves du privé sont boursiers. 83 % des collèges REP+ comptent plus de 60 % d'élèves défavorisés.
Pourtant, des solutions locales ont prouvé leur efficacité. La réforme Affelnet-lycée à Paris en 2021 a réduit la ségrégation sociale entre lycées publics de 39 % et la ségrégation scolaire de 30 % en seulement deux ans. Mais au niveau national, la volonté politique manque. Le protocole signé avec l'enseignement catholique en mai 2023 pour augmenter la part de boursiers n'a produit aucun résultat mesurable. La circulaire de rentrée 2025 ne mentionne plus la mixité sociale. Le Sénat a rejeté une proposition de loi sur la mixité en 2024. Aucun candidat ne porte ce sujet comme priorité de campagne.