Lucie Tondelier et la laïcité : le pari risqué des Écologistes avant 2027
Lucie Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a publié un livret sur la laïcité. Ce n'est pas une prise de position anodine dans le champ politique français, et encore moins dans un parti où la question a toujours été source de tensions. L'initiative de Tondelier révèle une stratégie de repositionnement des Écologistes, mais elle comporte des risques que le parti ne mesure peut-être pas encore pleinement.
Pourquoi la laïcité est un terrain miné pour la gauche
La laïcité est l'une des questions les plus fracturantes du débat politique français depuis deux décennies. Elle oppose deux interprétations radicalement différentes : une laïcité de combat, héritière de la loi de 1905, qui considère que la religion doit être strictement cantonnée à la sphère privée ; et une laïcité inclusive, qui distingue laïcité d'État et neutralité de l'espace public.
Cette fracture traverse la gauche de part en part. Elle a produit des querelles intenses au sein de LFI, du PS, et des Écologistes eux-mêmes. Pour les Verts et leurs successeurs, le sujet est particulièrement sensible.
Tondelier a décidé de prendre ce taureau par les cornes. Son livret propose une lecture de la laïcité qui se veut pédagogique, ancrée dans les textes fondateurs, et distincte des récupérations politiques du terme par la droite et l'extrême droite.
Le contenu du livret : les lignes directrices
Sans entrer dans le détail de chaque proposition, les axes du livret de Tondelier s'articulent autour de plusieurs points. La laïcité est présentée comme un droit, celui de croire ou de ne pas croire, et non comme une obligation de dissimulation des convictions religieuses. Elle est distinguée de la lutte contre les communautarismes, qui relève d'une autre politique publique.
Le livret insiste sur la distinction entre espace public en général et institutions publiques. L'État et ses agents sont tenus à la neutralité. Les citoyens, dans l'espace public, disposent de leur liberté de conscience et d'expression.
Cette position est plus proche de la laïcité apaisée défendue par des juristes comme Guy Carcassonne ou Stéphanie Hennette-Vauchez que de la laïcité identitaire portée par certains courants de la droite républicaine.
Les tensions internes que le livret révèle
La publication du livret n'a pas fait l'unanimité au sein des Écologistes. Plusieurs figures du mouvement ont exprimé en privé leur inquiétude : en formalisant une position sur la laïcité, Tondelier risque de braquer une partie des militants qui considèrent que le parti n'a pas à se positionner sur ce terrain.
La crainte est double. D'un côté, une partie des militants issus de la gauche radicale considère que toute discussion sur la laïcité est instrumentalisée par l'extrême droite et qu'il vaut mieux éviter le sujet. De l'autre, des militants plus proches de la tradition républicaine estiment que le livret ne va pas assez loin.
Ces tensions internes reflètent une réalité plus large : les Écologistes sont un parti de coalition, rassemblant des sensibilités très différentes autour d'un projet commun centré sur l'environnement.
La stratégie électorale de Tondelier pour 2027
Derrière la publication du livret, il y a une stratégie de campagne lisible. Tondelier cherche à positionner les Écologistes sur un spectre plus large que l'écologie au sens strict. Elle veut montrer que son parti est capable d'aborder l'ensemble des questions qui structurent le débat public français.
Ce positionnement est cohérent avec son discours depuis qu'elle a pris la tête du parti. Elle a voulu dépasser l'image d'un parti de bobos urbains préoccupés uniquement par la biodiversité et le vélo. Elle a parlé des gilets jaunes, du pouvoir d'achat, des déserts médicaux. La laïcité s'inscrit dans cette volonté d'élargissement.
Pour les sondages présidentielle 2027, les Écologistes restent dans une fourchette basse, entre 5 et 8%. Un positionnement plus lisible sur des questions sociétales pourrait leur permettre d'aller chercher des voix au-delà de leur base habituelle.
Le risque d'un débat qui échappe
La publication d'un livret sur la laïcité comporte un risque que Tondelier a peut-être sous-estimé : le débat peut lui échapper. Les adversaires politiques, de droite comme de gauche, vont s'emparer du document pour en faire un outil pôleique. Chaque formulation sera scrutée, extraite de son contexte, utilisée pour attaquer les Écologistes.
L'expérience de la gauche sur ce sujet depuis vingt ans montre que les débats sur la laïcité produisent rarement de la clarification politique. Ils produisent de la confusion, des conflits internes et une perception brouillée chez les électeurs.