Jordan Bardella et le parquet européen : l'enquête qui pèse sur sa candidature à 2027
Jordan Bardella est le président du Rassemblement national et le candidat pressenti pour la présidentielle 2027. Mais une enquête ouverte par le parquet européen sur les pratiques du RN concernant ses assistants parlementaires au Parlement européen vient rappeler que le chemin vers l'Élysée ne sera pas sans obstacle judiciaire. L'affaire relance un débat vieux de plusieurs années : la gestion des fonds parlementaires européens par le RN.
Le parquet européen et sa compétence
Le Parquet européen (EPPO, European Public Prosecutor's Office) est une institution créée en 2021 avec un mandat précis : poursuivre les infractions pénales portant atteinte aux intérêts financiers de l'Union européenne. Détournement de fonds européens, fraude aux subventions, corruption impliquant des agents publics liés à l'UE : ce sont ses domaines de compétence.
L'EPPO est indépendant des parquets nationaux. Il peut saisir des dossiers dans tous les États membres qui ont rejoint ce mécanisme. La France en fait partie depuis son lancement. Cette indépendance est précisément ce qui rend une enquête de l'EPPO politiquement sensible : elle échappe aux pressions gouvernementales nationales.
L'affaire des assistants parlementaires : rappel des faits
L'affaire des assistants parlementaires européens du Front national, devenu Rassemblement national, n'est pas nouvelle. Elle avait éclaté en 2015 lorsque le Parlement européen avait signalé des irrégularités dans l'utilisation des crédits destinés aux assistants des eurodéputés FN. L'office antifraude européen (OLAF) avait ensuite transmis des éléments au parquet national français.
Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour détournement de fonds publics. Des perquisitions ont eu lieu au siège du parti. Marine Le Pen et plusieurs eurodéputés ont été mis en cause. L'instruction a duré plusieurs années. Le jugement définitif de ce dossier reste une épée de Damoclès suspendue au-dessus du parti.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si des faits similaires, concernant cette fois la période plus récente où Bardella a exercé des responsabilités au sein du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen, font l'objet d'une nouvelle attention de l'EPPO.
Bardella : une exposition personnelle à mesurer
Jordan Bardella a été élu au Parlement européen en 2019 et 2024. Il a présidé le groupe Identité et Démocratie lors de la mandature 2019-2024. À ce titre, il a eu la responsabilité de la gestion administrative du groupe, y compris la supervision des contrats d'assistants parlementaires.
Sa défense a toujours été claire : il n'a commis aucune irrégularité, les procédures ont été respectées, et les attaques judiciaires sont des tentatives de déstabilisation politique. Cette lecture est partagée par l'ensemble de l'appareil du RN.
Mais l'existence même d'une enquête, même préliminaire, crée un risque de campagne. Les adversaires politiques de Bardella utiliseront chaque développement judiciaire pour alimenter un discours sur la crédibilité du candidat RN à exercer la présidence de la République.
L'impact sur les sondages
Les sondages présidentielle 2027 montrent que les affaires judiciaires ont un effet limité sur l'électorat du RN. Marine Le Pen a été plusieurs fois mise en cause pénalement sans que ses scores dans les enquêtes d'opinion s'effondrent. La sociologie de l'électorat RN est caractérisée par une forte résistance au discours judiciaire.
Mais 2027 sera différent de 2022. Marine Le Pen pourrait être inéligible si la cour d'appel confirme sa condamnation en première instance. Dans ce scénario, Bardella deviendrait le candidat de facto du RN. Sa crédibilité personnelle, et notamment son absence de condamnation judiciaire, serait alors un actif essentiel.
Si l'enquête du parquet européen se transformait en mise en examen, ce scénario serait fragilisé.
La stratégie de communication du RN
Face aux enquêtes judiciaires, le RN a développé au fil des années une rhétorique rodée. Chaque procédure est présentée comme une attaque contre la démocratie et contre les Français qui votent pour le parti. Les juges sont dépeints comme des acteurs du système qui cherchent à neutraliser l'opposition populaire.
Cette stratégie est efficace auprès du coeur de l'électorat RN. Elle l'est moins auprès des électeurs centristes ou modérés que Bardella cherche à convaincre pour franchir le seuil du second tour.
Bardella en est conscient. Sa communication personnelle est calculée pour projeter une image de modernité, de compétence technique et de distance avec les méthodes de l'ancienne garde frontiste. Les affaires judiciaires compliquent ce travail de repositionnement.
Le calendrier judiciaire et la présidentielle
Un élément déterminant sera le calendrier. Si des développements judiciaires importants interviennent dans les six mois précédant le premier tour de la présidentielle, l'impact sera maximal. Si l'enquête reste au stade préliminaire ou s'étire sur plusieurs années, son effet de campagne sera limité.
Les candidats à la présidentielle 2027 qui espèrent affronter Bardella au second tour ont intérêt à suivre de près ce dossier. Non pas pour en faire un argument principal de campagne, ce qui serait perçu comme une instrumentalisation judiciaire, mais pour disposer d'éléments de contexte lorsque les médias poseront la question.
La présidentielle 2027 se jouera aussi sur la crédibilité institutionnelle des candidats. Un chef d'État ne peut pas gouverner avec une procédure judiciaire en cours.