Histoire du Rassemblement National : du Front National de 1972 à Bardella favori de 2027
Histoire du Rassemblement National : du Front National de 1972 à Bardella favori de 2027
Le Rassemblement National est aujourd'hui le premier parti de France en intentions de vote pour la présidentielle 2027. C'est l'aboutissement d'un demi-siècle de construction, de scissions, de transformations et de montée en puissance progressive. Retour sur l'histoire d'un parti qui a profondément reconfiguré le paysage politique français.
1972 : la naissance du Front National
Le Front National est fondé le 5 octobre 1972. Son fondateur est Jean-Marie Le Pen, alors jeune député poujadiste reconverti dans le nationalisme. Le parti regroupe plusieurs courants de la droite radicale française : des nostalgiques de l'Algérie française, d'anciens collaborationnistes, des catholiques traditionalistes et des nationalistes de diverses obédiences.
Pendant plus d'une décennie, le FN reste marginal. Aux élections législatives de 1973, le parti n'obtient que 0,5 % des voix. Le Pen lui-même n'est pas élu.
Le tournant arrive en 1984. Aux élections européennes, le FN obtient 10,9 % des suffrages et 10 sièges au Parlement européen. C'est la première percée nationale. Le parti incarne alors le rejet de l'immigration et la critique du système politique traditionnel.
Les années 1980 : la montée
En 1986, le FN entre à l'Assemblée nationale pour la première fois, profitant de l'introduction par François Mitterrand du scrutin proportionnel. Il obtient 35 sièges. Jean-Marie Le Pen impose son style : provocateur, capable de phrases-chocs qui font les unes des journaux, et convaincu que la polémique vaut mieux que le silence.
En 1988, Le Pen se présente pour la première fois à l'élection présidentielle. Il obtient 14,4 % des voix au premier tour. Une performance inédite pour un candidat d'extrême droite sous la Ve République.
Le FN s'installe dans le paysage politique comme un acteur permanent, ni dans la majorité ni dans l'opposition traditionnelle, mais présent partout.
1999 : la scission Mégret
L'unité du FN se fracture en 1998 et 1999 autour de Bruno Mégret, secrétaire général du parti et numéro deux reconnu. La crise est à la fois politique et personnelle. Mégret conteste l'autoritarisme de Le Pen et sa stratégie de rupture avec toute alliance à droite.
En décembre 1998, Mégret et ses partisans organisent un congrès parallèle et fondent le Mouvement National Républicain (MNR). La scission est consommée. Le FN perd environ un tiers de ses cadres et plusieurs dizaines de milliers d'adhérents.
Cette division affaiblit les deux partis. Le MNR ne dépassera jamais 3 % dans les scrutins nationaux. Le FN perd des sièges municipaux et du conseil d'influence.
2002 : le choc du 21 avril
Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen termine deuxième au premier tour de l'élection présidentielle avec 17,79 % des voix. Il devance le Premier ministre socialiste Lionel Jospin (16,18 %) et accède au second tour contre Jacques Chirac.
C'est un séisme politique. Des manifestations massives ont lieu dans toute la France. Le second tour voit Chirac recueillir 82,21 % des voix, le plus grand écart jamais enregistré au second tour d'une présidentielle française. Mais le message est passé : le FN peut se qualifier au second tour.
Pour comprendre les mécanismes du scrutin qui a permis cette qualification, consultez notre article sur le fonctionnement du scrutin à deux tours.
2011 : Marine Le Pen prend les rênes
Jean-Marie Le Pen cède la présidence du Front National à sa fille Marine Le Pen en janvier 2011. Elle obtient 67,65 % des voix lors du congrès de Tours, face à Bruno Gollnisch.
Marine Le Pen engage une stratégie de dédiabolisation progressive. Elle veut rendre le parti fréquentable pour des électeurs qui n'auraient jamais voté FN sous son père. Le discours reste ferme sur l'immigration et la souveraineté nationale, mais les sorties les plus controversées de Jean-Marie Le Pen sont mises de côté.
Cette transformation attire de nouveaux profils d'électeurs : des classes populaires déçues par la gauche, des artisans et commerçants, des chômeurs des régions désindustrialisées.
L'exclusion de Jean-Marie Le Pen
La rupture avec le fondateur est consommée en 2015. Jean-Marie Le Pen multiplie les déclarations provocatrices, notamment en qualifiant les chambres à gaz de "détail de l'histoire" lors d'une interview. Marine Le Pen, déjà condamnée à couper le cordon, le fait exclure du parti qu'il avait fondé.
La scène est symbolique. La fille exclut le père pour sauver le projet politique. C'est un acte de rupture fondateur, qui marque l'entrée du FN dans une nouvelle phase.
2017 : le second tour contre Macron
À l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen arrive deuxième au premier tour avec 21,3 % des voix. Elle affronte Emmanuel Macron au second tour et obtient 33,9 % des suffrages.
C'est à la fois un succès historique et une déception. Un tiers des Français ont voté pour le FN au second tour d'une présidentielle. Mais le score reste loin de la victoire.
Le soir du second tour, Marine Le Pen livre un discours dans lequel elle annonce la transformation profonde du parti. En juin 2018, le nom change. Le Front National devient le Rassemblement National.
2018 : le Rassemblement National
Le renommage du parti en juin 2018 répond à une stratégie claire. Effacer le sigle FN et ses connotations les plus négatives dans l'opinion. Ouvrir le parti à de nouveaux publics. Se positionner comme le premier parti de France, pas comme un mouvement protestataire.
Jordan Bardella, alors jeune cadre du parti né en 1995 à Drancy, prend une importance croissante. Tête de liste aux élections européennes de 2019, il emmène le RN à 23,3 % des voix, soit la première place devant le parti présidentiel Renaissance (22,4 %).
Retrouvez le profil complet de Jordan Bardella sur ElyséeScope pour suivre ses positions actuelles.
2022 : Marine Le Pen au second tour et la présidence de Bardella
À la présidentielle d'avril 2022, Marine Le Pen obtient 23,1 % au premier tour, derrière Emmanuel Macron (27,8 %). Elle affronte à nouveau le président sortant au second tour et recueille 41,46 % des voix. Un résultat record pour l'extrême droite française.
En juillet 2022, lors du congrès du RN, Marine Le Pen choisit de rester à la présidence du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et laisse la présidence du parti à Jordan Bardella, élu avec 85 % des voix.
C'est la première fois dans l'histoire du FN puis du RN que la présidence échappe à la famille Le Pen.
Lors des élections législatives de juin 2024, le RN arrive en tête au premier tour avec 34 % des voix, soit son meilleur résultat dans un scrutin législatif. La remontada républicaine au second tour réduit son groupe parlementaire, mais le parti s'impose comme la première force politique de France dans les urnes.
2025 : la condamnation de Marine Le Pen
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris condamne Marine Le Pen à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire dans l'affaire des assistants parlementaires du Parlement européen. Elle est reconnue coupable d'avoir détourné des fonds publics européens pour financer des collaborateurs travaillant en réalité pour le parti.
La peine est immédiatement applicable. Marine Le Pen perd plusieurs mandats électifs, mais conserve son siège de députée.
Elle fait appel. Les audiences se tiennent de janvier à février 2026 devant la cour d'appel de Paris. La décision est attendue le 7 juillet 2026.
Pour comprendre tous les scénarios de ce procès et leurs conséquences sur la présidentielle, lisez notre analyse du procès en appel de Marine Le Pen.
2026 : Bardella favori à un an de 2027
En avril 2026, Jordan Bardella est crédité de 34 à 38 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, selon plusieurs instituts. Il arrive en tête dans tous les scénarios testés.
Dans les configurations de second tour, il bat désormais la plupart de ses adversaires, à l'exception d'Édouard Philippe dans certains sondages. Selon l'Institut Montaigne, une enquête récente le place même à 53 % face à Philippe au second tour, un renversement par rapport aux sondages d'avril 2026 qui le donnaient encore battu.
Sa ligne politique est assumée : souveraineté nationale, baisse de la TVA sur l'énergie, contrôle strict de l'immigration, priorité nationale sur certaines prestations sociales. Un programme qui touche les classes populaires et une partie des classes moyennes.
Un demi-siècle de transformations
L'histoire du RN est celle d'un parti qui a su se transformer sans se renier. Du FN protestataire de Jean-Marie Le Pen à l'organisation professionnalisée de Bardella, le socle idéologique reste constant : nationalisme, priorité nationale, euroscepticisme, contrôle de l'immigration.
Ce qui a changé, c'est la forme. Le langage s'est normalisé. Les alliances ont été cherchées. Le parti est passé de 0,5 % en 1973 à 38 % en 2026. Cinq décennies pour devenir le premier parti de France.
Consultez notre page des candidats et de leurs programmes pour comparer les positions du RN avec celles des autres formations.
Sources officielles
- Wikipédia, Rassemblement national (historique complet) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rassemblement_national
- Wikipédia, Jean-Marie Le Pen : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Le_Pen
- Wikipédia, Front national (France) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_national_(France)
- Conseil constitutionnel, résultats présidentielle 2002 : https://www.conseil-constitutionnel.fr/elections-et-referendums/elections-presidentielles-2002
- Conseil constitutionnel, résultats présidentielle 2022 : https://www.conseil-constitutionnel.fr/elections-et-referendums/elections-presidentielles-2022
- BFMTV, Marine Le Pen condamnée en mars 2025 : https://www.bfmtv.com/politique/front-national/marine-le-pen-condamnee-a-cinq-ans-d-ineligibilite-en-premiere-instance_AN-202503310127.html
- Ipsos BVA, sondages présidentielle 2027, avril 2026 : https://www.ipsos.com/fr-fr/barometre-politique-ipsos-bva-la-tribune-dimanche
- Institut Montaigne, Decoding France, Bardella dépasse Philippe au second tour : https://www.institutmontaigne.org/en/expressions/decoding-france-beyond-budget-crisis